Journal : du 12 juin au 31 août 2007.

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Notre soutien à l’unité de Sebeninkoro a continué et continue toujours, mais les choses allant, tout ceci a été soldé d’un grand malheur, puisque, comme vous le savez déjà, Boris s’en est retourné à la maison du Père le 14 août, alors qu’il allait prononcer sa promesse le soir même…

27-28 juin : Raid en pirogue avec Boris

Les 27 et 28 juin resteront pour moi un très beau souvenir, puisque c’est la première fois que j’emmenai Boris camper. Les scouts maliens hésitant, et ne se décidant pas vraiment pour le campisme, nous avons décidé, Boris et moi, de partir en raid avec deux objectifs : faire découvrir à Boris le campisme et la vie au grand air, et de donner envie aux autres scouts d’en faire autant. Ainsi nous sommes partis, tous les deux, pour 24 heures, en exploration sur le fleuve avec notre pirogue. Le ciel est menaçant et le vent se lève, mais pas une goutte de pluie ne viendra troubler notre journée. Nous partons avec notre pirogue bien chargée, nous avons même un caisson étanche qui contient tout ce qui pourrait craindre l’eau : appareil photo, GPS… Nous avons également un bidon de 30L d’eau, une caisse d’intendance, nos sacs et une réserve de bois à l’abri de la pluie. Nous pagayons pendant environ 2h en remontant le fleuve vers le sud. Nous observons des oiseaux : des Jacanas, des Pluvians d’Egypte, des Alcyons pies… Vers 10h30, nous accostons sur une île sauvage que nous explorons et où nous décidons de nous installer pour la journée et pour la nuit.

L’île est composée essentiellement de rochers mais certaines zones d’herbes ont poussé, ce qui nous donne un beau lieu de bivouac. Boris est exalté par l’aventure ! Nous commençons par débroussailler un peu notre lieu de camp, puis montons la bâche en auvent afin de nous procurer de l’ombre, nous augmentons notre réserve de bois et faisons un feu pour la cuisine. Vers 14h, nous faisons une bonne sieste méritée… Puis j’apprends à Boris à faire du pain, nous le cuisons dans un four improvisé : une boîte de conserve et le résultat n’est pas mal du tout ! Boris est très fier de ses 2 miches de pain, même si elles ne sont pas assez salées à son goût…


Cuisine


Pain de raid

L’orage gronde et nous prenons nos précautions ; ensuite chacun de nous prend une heure tout seul,« l’heure route », Boris s’enfonce dans la nature… Quand il revient, il est déjà l’heure de préparer à manger, au menu : purée en sachet, il n’est pas habitué mais c’est bien pratique ! Nous installons une grande moustiquaire sous notre bâche puis mangeons tranquillement, la nuit commence à tomber, nous entretenons le feu et passons une heure à discuter, Boris est curieux de tout, il me pose énormément de questions, cette soirée restera à jamais dans ma mémoire…


Notre bivouac replié pour la nuit...

Le lendemain, nous jetons les amarres vers 7h, et en 1h30, le courant nous aidant, nous rejoignons
le Centre Abbé David où Béa nous attend…

Cette belle aventure scoute a donné envie aux autres éclaireurs de partir eux aussi et c’et ainsi que Boris, Abraham et Blaise ont campé, le 15 juillet, dans une grande forêt non loin de chez nous…

15-16 juillet : week-end des chefs de patrouille éclaireurs

Voulant imiter leur chef, les scouts ont enfin envie de partir à l’aventure et de découvrir le campisme.


Boris (à gauche), instructeur en gabiérisme.

Ainsi, le 15 juillet, Boris et Thomas emmènent Abraham et Blaise camper dans la forêt de Sobé, à environ 30 minutes en voiture du centre Abbé David. Mais le temps n’est pas avec nous, depuis le matin une pluie fine tombe sans s’arrêter, et ceci durera toute la journée : une première expérience riche !


Franche rigolade pendant le repas !

Les scouts apprennent à monter un bivouac sous la pluie, ils mettent à l’abri du bois qu’ils font sécher au feu, ils construisent une table à feu de fortune, cuisinent leur nourriture (et ce n’est pas une évidence pour des garçons maliens !), bref, ils vivent à la scoute !


Vue du bivouac.

En fin d’après-midi une accalmie leur permet de faire un peu de topographie mais c’est difficile quand on n’a jamais eu de carte entre les mains ! Thomas les quitte vers 18h, un peu patraque.


Thomas, Abraham et Blaise.

La nuit, une petite mésaventure les secoue un peu : ayant mal bordé la moustiquaire, un scorpion pénètre dans la tente et pique Abraham à la main gauche, il souffre le martyre pendant toute une nuit, les scouts sont obligés de se lever en pleine nuit, d’aller au village chercher de l’aide, bref : un peu d’aventure !! Ils retiendront la leçon et borderont bien leur moustiquaire la prochaine fois !

21-22 juillet : Bivouac de troupe à Sobé

Les filles demandent aussi à aller camper, ainsi que les autres scouts.

Ainsi, Boris organise, les 21 et 22 juillet un week-end de troupe, où la première fois la troupe se retrouve pour camper.


ci-dessus à gauche : les guides et scouts taillent leur staff scout. à droite : rassemblement.

11 guides et scouts sont présents : c’est pas mal. Nous laissons Boris s’organiser tout seul, et ne passons lui rendre visite que le samedi après-midi. Thomas y va tout de même avant midi pour les aider à bien monter leurs différents bivouacs ; ils ont de la chance car Azilis qui vient d’arriver avait dans sa valise quelques bâches destinées à la troupe.

Leur bivouac ressemble vraiment à un camp scout ! L’après-midi, nous passons, Azilis, Florence, Béa et Thomas, pour jouer avec eux, nous organisons deux petits jeux d’approche et une « gamelle » qui les défoulent bien (et nous aussi!) Boris est maintenant à l’aise dans son rôle de chef et semble très fier de lui. Cela fait plaisir à voir et cela semble prometteur...


ci-dessus à gauche : Boris (en vert) explique le déroulement d'un jeu. A droite : Azilis et Béatrice.

Du 7 au 14 août : Camp National des GSCM

Le commissaire national du Mali et son équipe ont monté un camp national pour fêter le centenaire du scoutisme. Y étaient conviés tous les scouts maliens ayant les moyens de payer. Boris, très enthousiaste part donc le 7 août à Ouenzzendougou, non loin de Sebeninkoro ; malheureusement, aucun autre scout de Sebeninkoro ne peut se payer le camp ou être disponible… le 9, nous rendons visite à Boris et lui amenons une belle surprise : Jean-Marie, son nouvel assistant, à qui nous payons les frais de camp. Boris est ravi… Il est le seul scout à avoir son campement— mise à part les grands chefs qui ont des tentes datant un peu—et il a bâti son campement dans les règles de l’art.

Le terrain n’est pas idéal, c’est une école, et Boris aurait préféré une forêt ou un coin de brousse, mais peu importe, sa joie est de faire du scoutisme, peu importe le cadre. 50 jeunes participent au camp, certains viennent voir Boris pour lui demander des conseils, il se fait tout de suite repérer comme sachant beaucoup de choses et cela est précieux ! Nous passons lui rendre visite 3 fois, pour lui apporter du bois pour son feu et ses constructions, une bâche supplémentaire, de la ficelle ; le 11 août nous lui apportons une table et un banc en froissartage que nous avons réalisé pour lui et
lui offrons un sifflet de chef scout, après quelques photos en souvenir, nous repartons, c’est la dernière fois que nous le voyons…


Dernières photos de Boris à qui nous avions amené une table en forestage.

Décès tragique

Comme vous le savez déjà, le 14 août au soir, alors qu’il allait prononcer sa promesse, Boris est décédé lors d’un jeu ; son équipe de 7 routiers est tombée à l’eau dans une rivière ayant un courant assez fort, un seul savait nager et a réussi à en sauver 3 autres… Mais Boris, Marcel et Joseph se sont noyés bêtement, clôturant ainsi de manière tragique le camp national.

L’évêque a été très présent lors de ces évènements pour soutenir les jeunes - les rescapés étaient en état de choc complet. Les corps de Boris et Marcel ont été retrouvés dès le lendemain,à peine à 10 mètres de l’accident ; celui de Joseph n’a été repêché que le 16 août.

Cela a bien sûr été un grand choc pour nous, comme vous avez pu le voir dans le mail que nous avons aussitôt écrit, mais nous avons dû prendre sur nous pour assurer l’accueil de la maman et du frère de Boris, Simon, arrivant du Burkina.

Arrivés le 16 au soir, nous les avons accompagnés durant toute la dure journée du lendemain : nous les avons emmenés à la morgue voir Boris, en les soutenant comme nous le pouvions… puis à l’enterrement qui avait lieu en commun pour les trois scouts, présidé par l’évêque accompagné de 20 prêtres.

Après cette belle célébration chargée d’émotion, nous avons pris la direction du cimetière et sommes restés jusqu’au dernier moment avec « Maman » et Simon.

Le lendemain, ils sont revenus nous voir, pour découvrir les photos que nous avions de Boris ; ils étaient très heureux de le voir tel qu’il était dans les mois et les jours qui ont précédé sa mort, d’apprendre tout ce qu’il faisait, avec quel enthousiasme… Ils ont ensuite demandé à voir le lieu de l’accident et nous y sommes donc retournés et avons essayé de répondre à leurs questions, particulièrement à Simon qui avait du mal à accepter…

Celui-ci, en mémoire de son frère, a récupéré les affaires scoutes de Boris et demandé une formation éclair à Thomas ; pour essayer de passer le flambeau au jeune frère Célestin qui devait monter une troupe avec Boris.

Ces quelques jours furent globalement très positifs pour nous, nous rendre « utiles » auprès de la famille et leur partager les derniers instants de Boris nous a aidés à faire notre deuil…

Mais la troupe continue de plus belle !

L’espoir ne s’est pas envolé, au contraire, sous l’élan de Jean-Marie, l’assistant qu’avait choisi Boris, devenu maintenant le chef de la troupe de Sebeninkoro, les guides et scouts ont voulu honorer la mort de leur chef en accomplissant ce qu’il ne pourra jamais faire : faire grandir le scoutisme à Sebeninkoro, aller camper, progresser en techniques, aimer la nature, la découvrir toujours davantage, servir les autres, honorer la promesse scoute…

Et c’est ainsi, que les scouts se sont tournés vers nous pour recevoir des formations : Jean-Marie prend la suite de Boris et vient voir Thomas deux fois par semaine pour sa formation pédagogique et technique, les guides et scouts viennent en plus une heure et demie le vendredi et 2- 3 heures le dimanche ; il reste maintenant peu de temps, nous voulons leur donner tout ce que nous pouvons…

Ils ont presque tous acheté une « tenue » (un uniforme) en mémoire de Boris qui portait toujours la sienne.


Apprentissage du tourniquet Espagnol.


Pont de singe et noeud de Cabestan.

Dimanche 26 août, 11 jours après le décès de Boris, Thomas a eu la grande joie de recevoir, par délégation du Commissaire National, la promesse de Jean-Marie qui n’avait pas pu la prononcer au camp national, ce fut un grand moment, rempli d’émotion… Bien sûr nous pensons à Boris mais nous sommes heureux malgré tout, de voir que ses actions auront porté du fruit…


Promesse de Jean-Marie.