Depuis maintenant plus de deux mois, nous faisons un peu de scoutisme ici à Sebeninkoro. Nous avons contacté le chef d’une unité qui se montait sur la paroisse, et celui-ci a été ravi d’accueillir notre proposition : à savoir, leur enseigner par la pratique le « vrai » scoutisme. Boris est Burkinabé, c’est un garçon qui n’a pas tout à fait le genre du « chic type scout » à la Pierre Joubert (cf photo ci-dessous!!) mais il est sympa, honnête et motivé. Ainsi nous avons débuté cahin-caha, nous adaptant aux caractères maliens, et nous avons monté une première activité de rencontre entre les guides et scouts et nous-mêmes.
Boris lors de la première activité
10h : nous avons installés les différents jeux et pistes en nous levant de bonne heure, et attendons l’arrivée des scouts.
10h15 : toujours personne, nous appelons Boris, le chef : « la messe vient de finir »…
11h : seule la moitié des guides et scouts sont arrivés, nous commençons. Il faudra leur apprendre la ponctualité ! Nous sommes sous la paillote qui est à côté de chez nous, et Thomas leur présente le scoutisme : qu’est ce qu’unéclaireur, que fait-on chez les scouts, qu’est ce que la loi scoute, etc. Ils découvrent complètement, car la plupart se sont inscrits pour porter un foulard à la messe, et c’est tout !
Il y a environ 20 jeunes, de 15 et 23 ans, moitié filles, moitié garçons. Ils forment quatre patrouilles : le Lion, le Loup (pour les garçons), la Gazelle et l’Éléphant (sic – pour les filles !).
Deux commissaires arrivent à l’improviste, ils ont été mis au courant de notre activité et viennent voir comment cela se déroule. Les garçons se mettent au garde à vous devant eux !! Hum…
Nous apprenons la prière scoute qu’ils entonnent à la malienne, c'est-à-dire très nasillard, et tous les « e » deviennent des « é », mais ils retiennent l’air assez bien. Nous leur apprenons aussi les rassemblements et les cris de patrouilles – auxquels ils ont déjà pensé. C’est assez comique, du genre : « Lion, roi de la jungle ! » « Gazelle ! Rapide rapide ! » « Éléphant… grand !Éléphant… intelligent ! » …
Après le repas, ils laissent plein de déchets, de riz au gras, de plastiques… Nous les bousculons un peu – surtout les garçons – et ils finissent par nettoyer, mais ici, jeter un papier ou un plastique par terre est un réflexe…
L’après-midi est consacrée à des jeux, tout d’abord la flèche polynésienne puis un jeu de piste indien. Le jeu se termine par « la finale », un jeu d’approche où les scouts et guides ne doivent pas se faire voir de leur chef posté sur une souche d’arbre, et attraper des foulards fixés à la paillote, les filles de la patrouille de la Gazelle sont à fond dans le jeu et l’une d’elle déchire son pagne en rampant,évidemment ce n’est pas très adapté…
Fin de l’activité avec un rassemblement qui ressemble déjà à quelque chose, nous sommes contents mais épuisés !
Enfin… ceux qui veulent bien venir, il n’y a seulement qu’Abraham – le CP du Loup – et sa soeur Jacqueline – la CP de l’Éléphant. Boris - le seul à être à l’heure - est également présent. Nous leur parlons des postes d’action, faisons un jeu pour leur apprendre le code morse ! Nous leur présentons ensuite les épreuves à passer pour la promesse que nous avons mis au point : au total 37 épreuves auxquelles nous rajoutons à la dernière minute une 38ème : « tu es ponctuel » !
(Haute patrouille – c’est-à-dire pour les
Chefs de patrouilles
et leurs seconds).
Seuls 5 guides et scouts sur 8 prévus viennent : Abraham (CP du Loup), Jacqueline (CP de l’Éléphant), Jean-Marie (second du Loup), Arsène (CP du Lion et ancien élève de Thomas) et Blaise (second du Lion)… Mais où sont les filles ?!
Notre objectif est de leur apprendre des techniques scoutes de base à travers des jeux qu’ils pourront refaire en patrouille.
Nous commençons par le jeu de Kim, qui consiste à regarder pendant une minute 20 objets disposés sur une table, à les mémoriser pour en restituer le maximum de mémoire.
ci-dessus à gauche : Jeu de l'oie. ci-dessus à droite : Béa en guidemestre
S’ils en trouvent 15, leur épreuve du jeu de Kim est signée : seule Jacqueline réussit du premier coup et elle n’est pas peu fière !
Puis, nous leur proposons un jeu sur la rose des vents, ils apprennent à s’orienter. Ensuite, nous faisons un peu de Morse, et Boris, qui a déjà appris le code par coeur, fait lui-même jouer ses scouts au sifflet.
Vient le noeud plat et enfin, nous leur proposons un grand jeu de l’oie que nous avons fabriqué et qui reprend, sur chaque case, une technique apprise pendant l’activité, et ça les amuse bien ! Nous leur offrons un double du jeu de l’oie pour chaque patrouille. Nous terminons l’activité par un jeu de camouflage et un jeu de béret (sans béret !). Chacun repart avec des épreuves signées et ça les motive !
Ils ont découvert qu’on pouvait apprendre des choses sans bûcher dans un cahier, mais en jouant, et ça, c’est un point important !
Le
père Élie, père
missionnaire
d’Afrique
(qu’on appelle
couramment« les pères
blancs »), nous
a invité à manger à leur maison
car il s’occupe
un peu du scoutisme
bamakois. Les échanges sont sympathiques,
mais nous découvrons
aussi l’envers
du décor : dans le scoutisme
aussi, en Afrique,
c’est une question de
pouvoir et d’argent.
L’ancien commissaire
national refuse de perdre
son « grade » et
veut le garder à vie. Les « grands chefs », au lieu
de servir et d’aider les
autres, veillent à ce que
les autres claquent des
talons lorsqu’ils arrivent…
La trésorière
est partie avec la caisse.
Bref, loin d’être l’esprit scout ! Nous repartons avec des insignes que le Père Élie nous offre pour nos scouts.
Avec lui, nous avons convenu d’une formation plus personnalisée, nous nous voyons à peu près deux fois par semaine : le mardi pour une session « théorique », le jeudi pour un apprentissage des techniques scoutes.
Par exemple,
aujourd’hui nous lui apprenons
l’alphabet international, les bases
de la pictographie, tous les
signes de pistes, la confection
d’un trépied, le noeud de cabestan,
le brelage droit… et il en
redemande !! La fois suivante,
ce sera par exemple une session
sur le système des patrouilles,
ou les qualités du chef,
etc… C’est Thomas qui s’occupe
de lui.
Béatrice se charge de la confection
de cahiers de patrouille, où
les CP pourront noter au fur et à mesure les techniques apprises.
c’est-à-dire ceux qui ont en charge les codes secrets dans leur patrouille. 14h, seul Boris arrive… 14h40, Arsène le rejoint mais il n’est pas messager… Personne d’autre ne viendra.
Toujours les mêmes problèmes : ponctualité, assiduité.
Quand ils sont là, ils sont motivés, mais il faut réussir à les faire venir !
Nous leur apprenons la pictographie et les codes de base comme Avocat, Cassette, St André etc. Puis nous leur faisons faire un jeu d’approche : chacun a un numéro de 3 chiffres fixé sur son front, ils partent se cacher. Au coup de sifflet, le jeu commence, le premier qui arrive à lire les chiffres de son adversaire, sans se faire repérer les siens, gagne. A deux reprises, Arsène bat son chef. Ils n’ont beau être que deux, ils s’amusent bien…